Applications linéaires, théorème du rang et pivot de Gauss
Pourquoi une transformation linéaire ne peut-elle jamais gagner de l'information : si elle écrase une direction, elle en perd nécessairement une à l'arrivée — et pourquoi cette loi tombe-t-elle en dimension infinie ?
Le problème initial n'est ni abstrait ni géométrique : c'est la résolution des systèmes linéaires, pratiquée en Chine dès le Jiuzhang Suanshu (environ av. J.-C.) sous une forme déjà identique au pivot de Gauss. Pendant deux millénaires on calcule sans théorie. Au XIX siècle, Sylvester introduit les mots « matrice » (1850) puis « rang » et « nullité » (1884), et l'on comprend enfin POURQUOI le nombre de solutions d'un système ne dépend que de deux entiers. Le théorème du rang est la formalisation de cette découverte : l'algorithme précède la théorie de deux mille ans.
Pourquoi définir le rang comme plutôt que comme le nombre de lignes non nulles après pivot ? Parce que la seconde définition dépend de l'algorithme employé et du choix des bases, alors que la première est intrinsèque. Tout le travail consiste ensuite à démontrer qu'elles coïncident — c'est exactement l'objet de la seconde démonstration de ce module. Définir intrinsèquement d'abord, calculer ensuite : c'est la démarche standard de l'algèbre.
Images Mentales & Modèles d'Intuition (3)
Une application linéaire est une projection d'ombre. Le noyau est ce qui se retrouve écrasé sur un même point de l'ombre, l'image est l'ombre elle-même. Plus l'objet est aplati, plus l'ombre est pauvre.
Ce qu'elle capture :
L'image suggère que l'espace d'arrivée est plus petit que celui de départ. C'est faux en général : une application linéaire de dans est parfaitement légitime, avec un noyau nul et une image de dimension perdue dans un espace bien plus vaste. Le rang mesure l'image, jamais l'espace d'arrivée.
Une matrice est un dictionnaire de traduction entre deux systèmes de coordonnées ; changer de base, c'est changer de dictionnaire, sans changer la phrase.
Ce qu'elle capture :
L'image ne distingue pas les deux situations pourtant très différentes : la SIMILITUDE , qui concerne un endomorphisme et un seul changement de base, et l'ÉQUIVALENCE , qui concerne une application entre deux espaces différents et deux changements. Confondre les deux rend incompréhensible toute la réduction de L2.
Le pivot de Gauss est un jeu de dominos où l'on élimine une inconnue à la fois, en payant chaque élimination par une ligne consommée.
Ce qu'elle capture :
L'image suggère que le résultat dépend de l'ordre des éliminations. Il n'en dépend pas : le nombre de pivots est un invariant, ce qui est précisément un théorème à démontrer, et non une évidence algorithmique.
Les Pièges Conceptuels Classiques
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Glossaire des Notations Mathématiques
noyau de u
ce que $u$ écrase ; vit dans l'espace de DÉPART
image de u
ce que $u$ atteint ; vit dans l'espace d'ARRIVÉE
rang de u
dimension de l'image ; jamais la dimension de l'espace d'arrivée
similitude
même endomorphisme, base changée une fois ; à distinguer de l'équivalence $Q^{-1} A P$