Intégration de Riemann et théorème fondamental de l'analyse
Pourquoi le calcul d'une aire — problème géométrique connu des Grecs — se ramène-t-il exactement à l'inversion de la dérivation, problème né deux mille ans plus tard et qui n'a rien à voir en apparence ?
Archimède calcule l'aire sous une parabole vers av. J.-C. par la méthode d'exhaustion, essentiellement une somme de Riemann. Pendant dix-huit siècles, chaque aire nouvelle exige une astuce nouvelle. Barrow, professeur de Newton, remarque le premier vers 1670 le lien avec les tangentes ; Newton et Leibniz en font une méthode systématique, ce qui transforme un ensemble de problèmes insolubles en un catalogue de primitives. Riemann donne en 1854 la définition rigoureuse par sommes encadrantes, dans son mémoire d'habilitation — et découvre au passage des fonctions intégrables extrêmement irrégulières.
Pourquoi définir l'intégrale par des sommes ENCADRANTES plutôt que par une simple limite de sommes ? Parce qu'une limite exigerait de choisir des points d'évaluation, et il faudrait alors prouver que le résultat n'en dépend pas. Darboux résout la difficulté en prenant l'inf et le sup sur chaque morceau : on obtient deux quantités automatiquement monotones, et l'intégrabilité devient simplement leur égalité. La définition contient ainsi sa propre preuve de cohérence.
Images Mentales & Modèles d'Intuition (3)
Deux escaliers encadrant la courbe : l'un passe toujours au-dessous, l'autre toujours au-dessus. La fonction est intégrable si l'on peut resserrer l'écart entre les deux autant qu'on veut.
Ce qu'elle capture :
L'image suggère que toute fonction bornée est intégrable. C'est faux : pour la fonction indicatrice de , l'escalier du bas reste à hauteur et celui du haut à hauteur , quelle que soit la finesse du découpage. Les deux escaliers ne se rejoignent jamais.
La fonction est un compteur d'aire : il avance d'autant plus vite que la courbe est haute au point où il se trouve.
Ce qu'elle capture :
L'image suppose la continuité. Si saute, le compteur continue d'avancer sans à-coup — la primitive reste continue — mais sa vitesse change brutalement : présente un point anguleux et n'est plus dérivable. La primitive est toujours plus régulière que la fonction, jamais moins.
L'intégration par parties est une règle de transfert : on déplace la dérivation d'un facteur vers l'autre, en payant un terme de bord.
Ce qu'elle capture :
L'image ne dit pas quel facteur choisir de dériver. Le choix est stratégique et non symétrique : on dérive ce qui se simplifie — un polynôme, un logarithme — et l'on primitive ce qui se conserve — une exponentielle, un sinus. Un mauvais choix complique l'intégrale au lieu de la simplifier.
Les Pièges Conceptuels Classiques
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Glossaire des Notations Mathématiques
intégrale de a à b
la variable $t$ est MUETTE : elle n'existe pas hors de l'intégrale et ne doit jamais être réutilisée
écart de Darboux
quantité à rendre arbitrairement petite ; c'est le critère opérationnel d'intégrabilité